25 novembre 2016

Le dernier procès : L'affaire Jacques Delisle par Kathryne Lamontagne

Auteur: Kathryne Lamontagne
Éditeur: Stanké 
Collection: ---
Pages: 256
Parution: 29 septembre 2014

Quatrième de couverture: 

Que s'est-il passé le matin du 12 novembre 2009 ? À ce jour, seul Jacques Delisle le sait. Retraité de la Cour d'appel du Québec, Jacques Delisle était un magistrat respecté et même craint par certains. Sa vie bascule en juin 2010 lorsqu'il devient le premier juge au Canada à être accusé pour le meurtre prémédité de son épouse. Au terme d'un procès très médiatisé, un jury reconnaît sa culpabilité, le faisant ainsi passer du côté des criminels. Alors que Jacques Delisle clame son innocence, la Cour d'appel et la Cour suprême refusent l'une après l'autre d'ordonner un nouveau procès. Au moment de la publication de ce livre, l'ex-juge Delisle est toujours derrière les barreaux. 

Dans cet ouvrage, la journaliste Kathryne Lamontagne relate, à la manière d'un roman policier, la chronologie des événements. Elle s'appuis sur des extraits de cour, des tweets et des entrevues effectuées avec les principaux acteurs de cette saga. Elle donne aussi la parole au condamné, qui se livre pour la toute première fois. Il s'agit peut-être de la dernière occasion qu'a l'homme de 79 ans de se faire entendre. 

Le lecteur en apprendra également sur l'autre dram que cache cette tragédie, celui d'une famille déchirée entre la mort d'une femme aimée et l'emprisonnement à vie d'un père admiré. 

Mon avis : 

Ce livre m'a été conseillé par l'une de mes professeures à l'université, elle qui avait elle-même lu ce livre par curiosité. En effet, de cette saga judiciaire qui s'est étendue de 2009 à 2014, la communauté ne sait presque rien. Il faut dire que les faits de la cause sont plutôt flous: seuls Jacques Delisle et Nicole Rainville ont pu être témoins des événements qui sont survenus le 12 novembre 2009. Plutôt curieuse de nature, titillée par les avis divergents que j'entendais par rapport à cette cause, j'ai décidé de me renseigner plus en profondeur sur ce dossier, question de me forger ma propre opinion sur le sujet. 

Pour ceux qui, comme moi avant la lecture de ce roman, seraient un peu perdu sur l'affaire Delisle, je me permets de vous faire un rapide survol. D'abord, il faut savoir que Jacques Delisle est un ex-juge de la Cour d'appel du Québec, qui était à sa retraite au moment des événements qui ont changé sa vie. Le 12 novembre 2009, Jacques Delisle se dispute avec sa femme, puis s'en va à l'épicerie acheter des salades pour le dîner, où le couple recevra sa fille. Lorsqu'il revient à la maison, il retrouve sa femme couchée sur le divan, morte. Un fusil repose à côté d'elle, et il suppose immédiatement qu'elle s'est suicidée. En effet, Nicole Rainville venait tout juste de réintégrer le foyer familial à la suite d'une fracture de la hanche survenue à l'été 2009. De plus, il faut mentionner que Mme Rainville avait fait un AVC au mois d'avril 2007, la laissant paralysée du côté droit. Les événements précédents laissent donc croire qu'elle aurait pu avoir les raisons de poser ce geste... 

Or, les policiers et le ministère public ne voit pas la situation de cet oeil. Après une enquête méticuleuse de la situation, la possibilité d'un suicide est écartée. En effet, l'expert en balistique de la Couronne analyse la situation et ne réussit aucunement à reproduire la tache de poudre que l'on retrouve sur la main de Mme Rainville. Ils ne savent pas exactement ce qui s'est passé, mais l'expertise révèle hors de tout doute raisonnable (et même à 100% selon l'expert) que la théorie du suicide est impossible. Hors, comme aucun signe d'entrée par effraction n'a été retrouvé, les représentants du ministère public croit que la seule personne qui a pu faire feu sur Nicole Rainville est nul autre que son mari Jacques Delisle. Ils expliquent donc la tache de poudre apparaissant sur sa main par un geste défensif que la femme aurait eu tout juste avant de s'éteindre. 

Globalement, le topo est là. Ainsi, comme vous pouvez le constater, aucune preuve ne pouvait immédiatement accuser M. Delisle d'avoir commis ce geste odieux vis-à-vis de sa femme. Ce n'est qu'un ensemble de circonstances, et particulièrement la preuve de balistique de la Couronne, qui appuierait la thèse du meurtre. Le procès semble donc, au vu de cette preuve éparse, vouloir être particulièrement long et ardu. Or, au terme de la preuve présentée, c'est un jury composé de 4 femmes et de 8 hommes qui devra trancher sur la culpabilité ou l'innocence de l'accusé vis-à-vis des chefs d'accusation qui sont portés contre lui, soit un meurtre au premier degré. 

Le livre en tant que tel retrace de long en large l'entièreté des événements se rattachant à ce dossier. Il regroupe autant la vie du couple avant le malheur que 2 entrevues inédites avec M. Delisle alors qu'il purge sa sentence de 25 ans de prison ferme. On y retrouve aussi des tweets de journalistes en temps direct durant le procès, de même que certains passages des témoignages et des plaidoiries des deux avocats. L'auteure ne suit pas un ordre chronologique pour ses chapitres, mais on réussit tout de même à bien suivre le fil des événements. En fait, elle commence par mettre en contexte la situation, puis elle recommence l'histoire du début. Cela est très bien fait et permet au lecteur de s'assurer qu'il sait bien de quoi l'on parle avant de s'avancer plus avant dans sa lecture. 

L'auteure prend aussi la peine de donner autant la parole à la défense qu'à la Couronne. Elle n'exprime aucunement son avis sur le procès, laissant au lecteur le soin de sa faire sa propre tête sur le sujet. Le livre se veut donc un bon recueil informatif sur le procès Delisle, malgré certaines interprétations de la journaliste sur les non-dits de différents acteurs. Par exemple, on nous signale, en tout début de livre, que le juge lui-même semble déconcerté par la décision des jurés. Or, à mon avis, cela semble être une interprétation humaine que d'affirmer cela, alors que les propos du juge ne font que remercier le jury pour son travail. Il ne faut donc pas s'arrêter à des détails comme celui-ci, sans avoir l'assurance qu'ils sont véridiques, mais bien rester objectif face à la situation et aux faits rapportés. 

Le livre a eu l'effet escompté sur moi: il m'a sensibilisé à la cause, m'a informé de tous les tenants et aboutissants du procès mais, surtout, m'a permis d'évaluer la preuve par moi-même. Je comprends pourquoi les jurés ont décidé de condamner M. Delisle mais, en même temps, je ne peux pas m'empêcher de croire que des raisons autres que la simple preuve ont pu les amener à prendre cette décision. Vous le comprenez sûrement, je suis encore indécise par rapport à cette cause, et un doute reste présent dans ma tête à savoir si M. Delisle ne serait peut-être pas coupable de ce meurtre. Toutefois, maintenant, je suis beaucoup mieux informée sur les circonstances qui ont mené à ce procès et je peux décemment me faire une tête sur le sujet, avec les éléments nouveaux qui apparaîtront. Car oui, Me Larochelle, l'avocat de M. Delisle, compte faire une demande au ministère de la justice fédéral afin de faire reconnaître qu'il y a erreur judiciaire dans les circonstances. Bref, c'est une saga à suivre... 

Je le recommande donc pour tous ceux qui veulent en apprendre davantage sur le dossier Delisle. L'ouvrage est vraiment destiné à tout public, et non pas seulement à la communauté juridique. Si le sujet vous intéresse, foncez sur ce livre qui vous donnera un très bon aperçu de la situation de l'ex-juge Delisle et des différents acteurs ayant gravité autour de lui tout au long du processus. 

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